L’Association Ivoirienne des Consommateurs (AIC) hausse le ton face aux risques sanitaires liés à la présence de plomb dans certaines peintures commercialisées en Côte d’Ivoire. Lors d’une conférence de presse organisée le 10 juillet 2026 à Cocody, marquant la clôture de sa campagne nationale de sensibilisation, l’organisation a salué les avancées déjà enregistrées tout en exhortant les autorités à accélérer l’adoption d’un arrêté interministériel fixant à 90 parties par million (ppm) la teneur maximale autorisée en plomb dans les peintures.

Cette mobilisation trouve son origine dans l’atelier national d’appropriation du règlement sous-régional de la CEDEAO sur le plomb dans les peintures, tenu en décembre 2025 à Abidjan. Organisée par le ministère de l’Environnement, du Développement durable et de la Transition écologique, en collaboration avec la Commission de la CEDEAO, cette rencontre avait permis aux pouvoirs publics, aux organisations de consommateurs et aux autres parties prenantes de mesurer l’ampleur des risques liés à l’utilisation de peintures contenant des concentrations élevées de plomb.
À la suite de ces échanges, l’AIC a décidé de faire de cette problématique une priorité. Du 7 au 12 juillet 2026, elle a déployé une campagne nationale de sensibilisation à travers RTI Radio, plusieurs radios communautaires diffusant en langues locales et les réseaux sociaux. L’objectif était de mieux informer les populations sur les dangers du plomb, de promouvoir des comportements de prévention et de soutenir les efforts engagés pour l’adoption d’une réglementation nationale conforme aux exigences de la CEDEAO.

La directrice exécutive de l’AIC, Mme Dimitri Claverie Doukoua, a expliqué que cette initiative est née du constat établi lors de l’atelier de décembre 2025, où les différents acteurs ont pris conscience des conséquences du plomb sur la santé des consommateurs. Face à cette réalité, l’association a estimé qu’il était de sa responsabilité d’engager une vaste campagne d’information afin de permettre aux populations de mieux comprendre les risques auxquels elles sont exposées. Elle a également souligné que cette campagne constitue un plaidoyer en faveur d’une signature rapide de l’arrêté interministériel devant consacrer la limite de 90 ppm.
L’AIC entend désormais élargir son action au-delà des médias. Après cette première phase de communication, l’organisation prévoit de lancer des campagnes de proximité dans plusieurs localités afin d’aller directement à la rencontre des consommateurs. Cette nouvelle étape vise à renforcer la sensibilisation sur le terrain et à encourager l’adoption de pratiques plus sûres dans les foyers.
Les préoccupations de l’association reposent sur des données jugées alarmantes. Selon des études réalisées à Abidjan, quatre peintures sur dix analysées présentent des teneurs en plomb supérieures au seuil de 90 ppm recommandé par la CEDEAO. Les peintures colorées à base d’huile figurent parmi les produits les plus concernés. Or, le plomb est un métal lourd toxique pour lequel aucun niveau d’exposition n’est considéré comme totalement sans risque. L’inhalation ou l’ingestion de poussières issues de peintures dégradées peut entraîner des conséquences graves sur la santé, en particulier chez les enfants de moins de six ans et les femmes enceintes.
L’AIC a également lancé un appel aux artisans peintres, considérés comme des acteurs essentiels de cette lutte. Parce qu’ils manipulent quotidiennement ces produits et orientent souvent les choix de leurs clients, ils sont invités à privilégier les peintures conformes aux normes, à refuser les produits présentant des concentrations excessives en plomb et à sensibiliser les consommateurs à l’importance d’utiliser des peintures plus sûres. L’association recommande par ailleurs le port systématique d’équipements de protection, notamment des gants, des masques et des tenues adaptées, ainsi qu’une bonne aération des espaces pendant et après les travaux.
Le président de l’Association des artisans peintres de Côte d’Ivoire, Assamoi Kouamé Hildebert, a rappelé que le seuil de 90 ppm constitue la limite à respecter pour préserver la santé publique. Au-delà de cette concentration, les peintures deviennent nocives aussi bien pour les professionnels qui les appliquent que pour les consommateurs qui occupent les bâtiments. Selon lui, le respect de cette norme est indispensable pour garantir un environnement plus sain et renforcer la sécurité de l’ensemble de la filière.
Tout en saluant les efforts déjà entrepris par les autorités ivoiriennes, la Commission de la CEDEAO et les différents partenaires engagés dans ce dossier, l’AIC réaffirme sa détermination à poursuivre son plaidoyer jusqu’à l’adoption effective de la réglementation nationale. Pour l’organisation, cette mesure représente une étape décisive vers un marché de la peinture plus sûr et une meilleure protection de la santé des populations ivoiriennes.
